— Pourquoi y en avait-il deux ?

Daniel prit le pendentif en forme de demi-soleil.

— Celui-ci était le mien. Le cercle était pour toi. Lorsque les deux étaient réunis, ils formaient un soleil complet.

Il retourna le bijou.

Une autre inscription apparaissait.

DANIEL

Dany le regarda longuement.

— Pourquoi m’a-t-on dit que mes parents étaient morts ?

La question frappa Daniel.

— Qui t’a dit ça ?

— Les services sociaux. Puis ma famille adoptive.

— Ta mère est morte.

— Et vous ?

— On m’a fait croire que tu étais morte avec elle.

Un silence lourd s’installa.

Daniel se leva et se dirigea vers la fenêtre.

Sous eux, le centre commercial continuait à fonctionner.

Les gens achetaient des vêtements.

Buvaient du café.

Prenaient des photographies.

Le monde n’avait pas ralenti pour leur révélation.

— Ta mère s’appelait Claire, commença Daniel.

Sa voix était basse.

— Nous nous sommes rencontrés quand nous avions dix-neuf ans. Elle travaillait dans une librairie. Moi, je réparais des motos.

Un sourire douloureux passa sur son visage.

— Elle détestait mes vestes en cuir et mes amis trop bruyants.

— Et pourtant elle est restée.

— Oui.

Daniel revint s’asseoir.

— Lorsque tu es née, nous n’avions presque rien. Un appartement minuscule, des dettes, des meubles récupérés. Mais nous étions heureux.

Il regarda la photographie.

— Claire venait d’une famille riche. Les Dubois.

Dany pensa immédiatement à Vanessa.

— Dubois ?

— Oui.

— Vanessa Dubois ?

Daniel fronça les sourcils.

— Tu la connais ?

— La femme qui m’a fait tomber.

Il comprit.

— Qui est-elle ?

— Je l’ignore.

Daniel se leva brusquement.

Il se dirigea vers la porte.

Dany l’arrêta.

— Attendez.

— Si elle appartient à cette famille, elle sait ce qui s’est passé.

— Nous ne savons même pas si vous êtes réellement mon père.

Daniel se retourna.

La phrase lui fit mal.

Mais il acquiesça.

— Tu as raison.

— Les colliers et une photo ne suffisent pas.

— On peut faire un test ADN.

— Oui.

— Aujourd’hui même.

Dany baissa les yeux.

Elle avait passé des années à imaginer ses parents.

Parfois, elle les imaginait morts.

Parfois, vivants mais incapables de la retrouver.

Parfois, elle les imaginait l’ayant abandonnée volontairement.

Cette dernière possibilité lui faisait le plus peur.

— Pourquoi ne m’avez-vous pas cherchée ? demanda-t-elle.

Daniel eut l’air frappé.

— Je t’ai cherchée pendant vingt-deux ans.

— Comment ?

— Partout.

Il retira son portefeuille.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs cartes usées, une photographie récente de la chaîne et un avis de recherche jauni.

— J’ai parlé à la police, à des journalistes, à des associations. J’ai engagé des détectives lorsque j’avais assez d’argent.

— Et personne ne m’a trouvée ?

— Ton dossier avait été changé.

— Pourquoi ?

Daniel regarda la porte.

— C’est ce que nous devons découvrir.

Un agent de sécurité entra.

— Monsieur Moreau, madame Dubois demande à partir. Elle affirme que tout ceci est un malentendu.

— Les images sont claires, répondit Dany.

— Oui. Nous vous conseillons de déposer plainte.

Daniel demanda :

— Peut-on lui parler ?

— Seulement si elle accepte.

Vanessa accepta.

Pas par courage.

Parce qu’elle comprenait que le silence ne la protégerait plus.

Lorsqu’elle entra, son visage n’affichait plus de mépris. Elle semblait tendue, presque fragile.

Elle s’assit à l’autre bout de la table.

Daniel posa la photographie devant elle.

— Qui êtes-vous ?

Vanessa fixa le cliché.

— Vanessa Dubois.

— Quel lien avez-vous avec Claire Dubois ?

— C’était ma tante.

Dany sentit sa poitrine se serrer.

— Vous êtes ma cousine ?

Vanessa ne répondit pas immédiatement.

Daniel frappa la table.

— Parlez.

— Oui.

Dany eut un rire amer.

— Vous saviez qui j’étais avant de me faire tomber.

— Je savais seulement que tu posais des questions sur la succession.

— Quelle succession ?

Vanessa regarda Daniel.

— Celle de mon grand-père.

Daniel pâlit.

— Étienne Dubois.

— Il est mort il y a six mois.

Daniel connaissait ce nom.

Le père de Claire.

Un homme puissant, froid, qui n’avait jamais accepté que sa fille épouse un mécanicien sans argent.

— Que disait le testament ? demanda Daniel.

Vanessa hésita.

— Une partie de la fortune devait revenir aux descendants directs de Claire.

— Donc à Dany.

— Si elle était vivante.

Dany comprit enfin.

— Vous aviez peur que je réclame l’héritage.

— Je ne savais pas qui tu étais exactement.

— Alors pourquoi m’avoir suivie ?

Vanessa baissa les yeux vers les bijoux.

— J’avais vu ton dossier chez l’avocat. Il mentionnait un collier. Lorsque je t’ai vue sortir de la bijouterie, j’ai compris.

Daniel se pencha vers elle.

— Qui a falsifié le dossier de Dany ?

Vanessa secoua la tête.

— Je n’en sais rien.

— Menteuse.

— Je n’étais qu’une enfant à l’époque.

— Mais quelqu’un dans votre famille le savait.

Vanessa se leva.

— Je n’ai pas fait disparaître cette fille.

— Non, répondit Dany. Vous avez seulement essayé de la faire tomber une deuxième fois.

Vanessa détourna le regard.

L’agent lui demanda de retourner dans l’autre pièce.

Avant de sortir, elle se retourna.

— Vous devriez parler à ma mère.

— Comment s’appelle-t-elle ? demanda Daniel.

Vanessa resta silencieuse.

— Isabelle Dubois.

Daniel se figea.

Isabelle.

La sœur aînée de Claire.

Celle qui l’avait toujours méprisé.

Celle qui avait accompagné Claire à l’hôpital la nuit de l’accident.

Vingt-deux ans plus tôt, Claire conduisait avec Dany attachée dans un siège à l’arrière.

Une voiture avait percuté la leur sur une route de campagne.

Claire était morte à l’hôpital.

Daniel avait été appelé plusieurs heures plus tard.

Isabelle lui avait annoncé que le bébé n’avait pas survécu.

Daniel n’avait jamais vu le corps.

On lui avait dit que les blessures étaient trop graves.

À l’époque, détruit par la mort de Claire, il n’avait pas eu la force de contester.

Plus tard, lorsqu’il avait demandé les dossiers, plusieurs pages manquaient.