— Mon esprit le savait.

Il posa une main sur sa poitrine.

— Mais pas ça.

Dany l’embrassa.

Cette fois, elle ne l’appela pas Daniel.

— Papa.

Les semaines suivantes semblèrent enfin plus paisibles.

Dany commença à marcher avec une seule béquille.

Daniel l’accompagnait aux séances de kinésithérapie.

Il applaudissait chaque progrès comme si elle gagnait une médaille olympique.

Mais Vanessa refusait toujours d’assumer son geste.

Son avocat affirmait qu’elle avait trébuché accidentellement.

Les images de surveillance avaient mystérieusement disparu du système principal du centre commercial.

Une copie détenue par un agent avait également été effacée.

Seule restait une vidéo prise par un adolescent.

L’image était instable.

Le geste de Vanessa apparaissait, mais son intention pouvait être contestée.

Daniel comprit que la famille Dubois utilisait son influence.

Puis Dany reçut un message anonyme :

Retire ta plainte ou ton père perdra une seconde fois sa fille.

Daniel voulut immédiatement appeler la police.

Dany hésita.

— Peut-être une mauvaise plaisanterie.

— Ils ont déjà détruit notre famille.

Le lendemain, une voiture suivit Dany après sa séance de rééducation.

Le conducteur resta à distance.

Puis il accéléra lorsqu’elle tenta de photographier la plaque.

Dany commença à avoir peur.

Daniel l’installa temporairement chez lui.

Isabelle nia toute implication.

Vanessa cessa de répondre aux appels.

Puis un soir, Daniel ne rentra pas du garage.

Son téléphone était éteint.

Sur son établi, Dany trouva une enveloppe.

À l’intérieur se trouvait le second collier.

Et un message :

Si tu veux revoir Daniel, apporte le testament original au parking souterrain du centre Saint-Honoré. Minuit. Seule.

Dany fixa les mots.

Le même centre commercial.

Le même endroit où elle était tombée.

Cette fois, la chute n’avait rien d’accidentel.

Quelqu’un voulait l’obliger à renoncer définitivement à son héritage.

Et Daniel était entre leurs mains.

PARTIE 4 — LE SOLEIL REDEVENU ENTIER

Dany appela la police.

Elle ne tenta pas de jouer les héroïnes.

Elle connaissait ses limites.

Sa jambe guérissait, mais elle ne pouvait ni courir ni se défendre.

L’inspectrice chargée de l’enquête, Camille Renaud, lui demanda de ne pas se rendre au rendez-vous.

— Ils pourraient tuer votre père même si vous apportez les documents.

— Ils le feront peut-être si je ne viens pas.

— Nous pouvons organiser une intervention.

— Ils ont demandé que je sois seule.

— Vous donnerez l’impression de l’être.

À vingt-trois heures cinquante, le centre commercial Saint-Honoré était fermé.

Les vitrines étaient éteintes.

La grande verrière reflétait uniquement les lumières de sécurité.

Le parking souterrain semblait immense.

Dany avançait avec une seule béquille.

Sous son manteau, un micro miniature transmettait chaque son aux policiers cachés à proximité.

Elle portait un sac contenant une copie du testament.

Le document original était conservé dans un coffre.

Dany descendit au niveau moins trois.

Les lampes du plafond projetaient des ombres dures entre les voitures.

— Je suis là, dit-elle.

Sa voix résonna.

Une portière s’ouvrit.

Vanessa apparut.

Elle ne portait plus de robe luxueuse.

Elle avait un pantalon sombre, un manteau et des chaussures plates.

Son visage était tendu.

— Tu es venue seule ?

— Où est mon père ?

— Donne-moi le document.

— Montre-le-moi.

Vanessa fit un signe.

Deux hommes sortirent d’un véhicule utilitaire.

Ils tenaient Daniel par les bras.

Ses mains étaient attachées.

Une coupure traversait sa lèvre.

— Dany ! cria-t-il. Pars !

L’un des hommes le frappa dans le ventre.

— Arrêtez ! cria Dany.

Vanessa tendit la main.

— Le testament.

Dany leva le sac.

— Pourquoi faites-vous ça ?

— Tu ne peux pas comprendre.

— Expliquez-moi.

Vanessa regarda autour d’elle.

— Toute ma vie, on m’a préparée à reprendre l’entreprise. J’ai étudié pour cela. J’ai sacrifié mes relations, mes projets, tout.

— Et moi, on m’a volé toute ma vie.

— Je n’ai rien demandé de ce qui t’est arrivé.

— Mais vous avez continué.

— Si tu réclames ta part, le conseil d’administration peut me retirer la direction.

— Alors prouvez que vous méritez votre place.

Vanessa eut un rire amer.

— Tu crois que le mérite compte dans notre famille ?

— Il compte dans la mienne.

Daniel releva la tête malgré la douleur.

— Bien répondu.

L’homme derrière lui le poussa.

Dany fit un pas.

— Ne le touchez plus.

Vanessa s’approcha.

— Signe une renonciation complète. Ensuite, il repartira avec toi.

Elle sortit un document.

Dany le parcourut.

En échange d’une somme fixe, elle renonçait à tout droit sur la succession et s’engageait à retirer ses plaintes.

— Ce n’est pas seulement une question d’argent.

— Si.

— Non. Vous voulez effacer ce que votre famille a fait.

— Mon grand-père est mort.

— Votre mère est vivante.

— Elle a accepté de coopérer avec la police.

Vanessa semblait blessée en prononçant cette phrase.

Dany comprit.

— Elle vous a abandonnée.

— Elle se protège.

— Comme toujours.

Vanessa serra les dents.

— Signe.

Dany posa sa béquille contre une voiture.

Elle prit le stylo.

Daniel la regardait.

— Ne fais pas ça.

— Je ne vais pas vous perdre pour un héritage.

— Ce n’est pas l’héritage. C’est ton nom. Ta vérité.

Dany regarda son père.

Il avait passé vingt-deux ans à la chercher.

Il était prêt à risquer sa vie une nouvelle fois pour qu’elle ne soit plus effacée.

Elle posa le stylo.

— Non.

Vanessa recula.

— Quoi ?

— Je ne signerai pas.

L’un des hommes saisit Daniel par le cou.

Dany continua :

— Vous pouvez prendre l’argent. Vous pouvez garder l’entreprise. Je me moque de votre fortune.

Elle regarda Vanessa droit dans les yeux.

— Mais je ne vous laisserai pas acheter mon silence.

Vanessa fit un signe à l’homme.

— Emmenez-le.

Les policiers sortirent de leurs cachettes.

— Police ! Ne bougez plus !

La lumière éclata dans le parking.

Les deux hommes lâchèrent Daniel.

L’un tenta de fuir.

Il fut arrêté près de la rampe.

L’autre leva les mains.

Vanessa resta immobile.

Son visage s’effondra.

— Tu m’as piégée.

Dany reprit sa béquille.