Elle répondit :

— Parfois, ça l’est.

Il partit.

Le lendemain, les deux conseils signèrent.

Pas neuf ans.

Cinq.

Renouvelables.

Sous conditions.

Pas de champagne.

Pas de photos.

Pas de discours.

Camille préféra cela.

Certains contrats devraient être signés avec le même sérieux qu’une promesse.

Pas comme une victoire.

PARTIE 4 — QUAND PLUS PERSONNE NE REGARDE

Deux ans plus tard, la Villa Belvédère accueillit de nouveau une réception.

Mais l’ambiance était différente.

Pas parce que les invités étaient moins riches.

Ils ne l’étaient pas.

Les voitures valaient toujours des fortunes.

Les robes aussi.

Le champagne toujours trop cher.

Mais cette soirée-là célébrait quelque chose de plus concret.

La première promotion du Programme Delorme-Riviera.

Une formation rémunérée pour jeunes saisonniers voulant transformer des emplois temporaires en carrières durables.

Service.

Événementiel.

Cuisine.

Logistique.

Gestion.

Langues.

Sécurité.

Quarante-huit personnes avaient suivi la première année.

Trente-neuf avaient obtenu un contrat plus stable.

Six avaient repris des études.

Trois avaient quitté l’hôtellerie.

Camille considérait cela comme un succès aussi.

Tout le monde n’avait pas besoin d’aimer le luxe pour que le programme soit utile.

Camille avait vingt-six ans maintenant.

Elle portait une robe noire simple.

Cheveux attachés.

Chaussures plates.

Depuis la piscine, elle refusait les talons près de l’eau.

Hélène se moquait d’elle.

Camille assumait.

Antoine Berger arriva avec sa nouvelle directrice des opérations, Nadia Ferret.

Nadia venait du terrain.

Vingt ans d’événementiel.

Une réputation de fermeté.

Elle avait accepté le poste après avoir lu le rapport d’audit en entier.

Quand Antoine lui avait demandé ce qu’elle en pensait, elle avait répondu :

— Vous avez confondu service et soumission.

Il l’avait engagée.

Riviera Élégance allait mieux.

Pas parfaitement.

Les heures supplémentaires existaient toujours.

Les événements restaient difficiles.

Des clients restaient insupportables.

Mais les équipes savaient désormais qu’un responsable devait intervenir.

Et surtout, les managers savaient qu’ignorer un problème pouvait coûter plus cher que contrarier un client.

Camille marchait près de la piscine lorsqu’elle vit Victoire.

Robe vert sombre.

Pas de diamants.

Cheveux attachés.

Elle discutait avec une femme d’une cinquantaine d’années.

Camille reconnut Laure Benhamou, directrice d’une association d’insertion professionnelle à Nice.

Victoire travaillait avec elle depuis dix-huit mois.

Pas comme administratrice.

Comme coordinatrice.

Un vrai poste.

Avec un salaire normal.

Des horaires.

Un manager.

Des évaluations.

La première fois qu’elle avait reçu un commentaire négatif, elle avait appelé son père.

Laurent Dumont lui avait demandé :

— Est-ce injuste ?

Victoire avait répondu :

— Non.

— Alors pourquoi tu m’appelles ?

Elle avait raccroché furieuse.

Puis avait corrigé son travail.

Quelques mois plus tard, elle en riait.

Victoire aperçut Camille.

Elle s’approcha.

— Bonsoir.

— Bonsoir.

Petit silence.

Victoire regarda la piscine.

— J’ai vérifié. Il n’y a pas de savon sur le bord.

Camille sourit.

— Progrès.

— Je garde quand même mes distances.

— Encore mieux.

Victoire sourit.

Puis devint plus sérieuse.

— Laure veut me faire parler tout à l’heure.

— Mauvaise idée.

— Merci.

— Vous m’avez demandé mon avis ?

— Non.

Elles rirent.

Camille observa une jeune serveuse traverser la terrasse avec un plateau.

Victoire se décala immédiatement.

— Pardon.

— Merci, madame.

La serveuse passa.

Camille regarda Victoire.

Victoire la vit.

— Ne faites pas cette tête.

— Quelle tête ?

— Celle où vous transformez un pas de côté en étude sociologique.

Camille rit.

— Je n’ai rien dit.

— Votre visage parle.

Plus tard, Laure prit la parole.

Elle raconta l’histoire du programme.

Pas celle de Camille.

Pas la piscine.

Pas le scandale.

Les élèves.

Un jeune homme de Grasse devenu chef d’équipe logistique.

Une femme de vingt-neuf ans qui avait repris un diplôme après plusieurs années de travail saisonnier.

Un ancien plongeur devenu commis de cuisine.

Puis Victoire monta sur scène.

Camille fut surprise par sa nervosité.

Victoire prit le micro.

— Il y a deux ans, je pensais connaître ce milieu parce que j’avais grandi autour de gens qui organisaient des événements comme celui-ci.

Elle regarda le personnel.

— En réalité, je connaissais les tables. Pas ceux qui les installaient.

Silence attentif.

— Je connaissais les invités. Pas ceux qui finissaient à deux heures du matin.

Elle inspira.

— Je connaissais la manière d’être servie. Pas ce que le service coûte à ceux qui le font.

Elle s’arrêta.

— Je ne suis pas ici pour vous expliquer que j’ai changé.

Camille releva les yeux.

— Ce n’est pas à moi de le déclarer.

Puis Victoire parla du programme.

Rien de plus.

Pas de confession publique.

Pas de mise en scène.

Camille apprécia.

Après le discours, Antoine Berger la rejoignit.

— Elle a travaillé ce texte ?

— Je ne sais pas.

— Il était bon.

Camille sourit.

— Ne lui dites pas trop vite.

Il rit.

La soirée continua.

Un serveur fit tomber une coupe près d’un invité.

Le verre éclata.

Le jeune homme devint blanc.

L’invité regarda sa manche légèrement éclaboussée.

Puis dit :

— Ça arrive.

Le serveur souffla.

— Désolé, monsieur.

— Aucun problème.

Nadia arriva.

Elle vérifia d’abord que personne ne s’était coupé.

Puis demanda qu’on nettoie.

Rien d’autre.

Camille regarda la scène.

Victoire aussi.

Leurs regards se croisèrent.

Elles n’avaient besoin de rien dire.

Plus tard, lorsque les invités commencèrent à partir, Camille resta près de la piscine.

La Méditerranée était noire.

Les lumières de Cannes brillaient au loin.

Victoire s’approcha avec deux verres d’eau.

Elle en tendit un.

Camille le prit.

— Merci.

Elles restèrent silencieuses.

Puis Victoire demanda :

— Est-ce que vous me pardonnez ?

Camille regarda l’eau.

La question n’était plus une surprise.

— Oui.

Victoire resta immobile.

— Vraiment ?

— Oui.

Ses yeux s’humidifièrent.

— Pourquoi maintenant ?

Camille réfléchit.

— Parce que vous avez changé quand personne ne vous regardait.

Victoire baissa les yeux.

— Je pensais que vous diriez quelque chose de plus sévère.

— Je peux recommencer.

Victoire rit.

Puis Camille ajouta :

— Pardonner ne veut pas dire que ce que vous avez fait devient acceptable.

— Je sais.